AtelierWicky

La sonorité, avant tout

Luthier aux Rousses

Je suis luthier depuis bientôt dix ans, entre le Jura et la Suisse. Je construis des instruments historiques, un à un. Ce qui m'occupe d'abord, c'est leur sonorité.

Les mains à la gouge, sur un fond d'érable ondé

Les mains du luthier travaillent à la gouge un fond de violon en érable ondé.

Le bois d'abord

Le bois est venu avant tout le reste. Je le travaille depuis mon plus jeune âge, dans une famille où les copeaux ne manquaient pas : mon père fait du tournage sur bois, mon parrain est ébéniste, mon oncle menuisier. J'ai suivi ensuite des études d'ingénieur en mécatronique. J'ai travaillé à la fabrication de prothèses médicales en titane, où j'ai beaucoup étudié la mécanique vibratoire. C'est à ce moment-là que je me suis mis au violon.

La question

Un instrument historique n'a rien d'une guitare électrique. Son amplification est purement naturelle : du bois, de l'air, des cordes tendues. Et pourtant il porte jusqu'au fond d'une salle. Comment ? Et qu'est-ce qui fait, au fond, qu'un instrument sonne bien ? Cette question ne m'a plus quitté. C'est elle qui m'a mené à la lutherie.

L'entrée de l'atelier

La façade de l'atelier : une fenêtre éclairée où l'on voit un violon suspendu, et une porte ouverte en haut d'un escalier en bois.

Compagnonnage

J'ai commencé par les formations à distance de Peter Westerlund, luthier suédois. J'ai étudié de fond en comble ses recherches sur le dimensionnement des tables d'harmonie et des fonds voûtés des instruments à cordes frottées. Ces recherches m'ont conduit chez Luc Breton, en Suisse. C'est à son établi que j'ai appris la majorité de ce que je sais aujourd'hui, sur le mode d'un compagnonnage d'époque, une tradition de maître à élève aujourd'hui rare, presque disparue en France.

L'atelier familial

L'atelier porte notre nom, parce que c'est un atelier de famille. Mon père y travaille avec moi. Il s'est fait une spécialité de tout ce qui s'obtient par tournage, les chevilles, les boutons. Et il construit, lui aussi, des instruments.

Sonorité

Pour les anciens, la nature première d'un instrument était de sonner, et d'imiter la voix humaine. Cette idée vient de loin, de civilisations disparues depuis longtemps. Des instrumentistes de musique traditionnelle, roumaine, chinoise, égyptienne, sont d'ailleurs souvent frappés par la sonorité de ces instruments qu'on appelle aujourd'hui « baroques ».

Le geste

On s'appuie sur les traces laissées par les anciens maîtres, et sur leur façon de travailler. J'étudie les instruments qui me tombent sous la main, certains vieux de cinq ou six siècles, et je cherche les proportions qui s'y cachent. Derrière elles, souvent, il y a l'art du trait. Cet édifice de règles servait aussi bien à l'architecte, au tailleur de pierre et à l'ébéniste qu'au luthier. J'essaie d'en comprendre les principes. Puis je monte des cordes en boyau, comme on le fait depuis plus de deux millénaires.

On essaie de retrouver, le plus fidèlement possible, la façon dont ces instruments étaient fabriqués il y a plusieurs siècles, et ils trouvent leur place en musique baroque, classique, contemporaine ou traditionnelle.

Nicolas Wicky, luthier

Les ouïes et le vernis d'un violon, sur l'établi

Gros plan sur la table vernie d'un violon : les ouïes, les filets et les éclisses en érable ondé, posé sur l'établi parmi les copeaux.

L'objectif

Une installation aux Rousses, dans le Jura, à quelques kilomètres du Risoux et de son bois de résonance. Un atelier, et une école qui lui sera rattachée.

Demain

Ce compagnonnage, j'aimerais à mon tour le transmettre. D'abord par une école de lutherie associative. Et peut-être, un jour, par une école de musique.

Un violon terminé, devant le mur d'outils

Un violon terminé, suspendu devant le mur d'outils de l'atelier.

Chaque instrument

Violon, alto, violoncelle, et des instruments plus rares, comme la viole de gambe ou le luth. Je les construis un à un, à l'établi.

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